[GRIFFET (Henri)].
Histoire des hosties miraculeuses qu'on nomme le trèssaint sacrement de miracle.

Qui se conserve à Bruxelles depuis l'an 1370 & dont on y célebre tous les cinquante ans l'année jubilaire.
Bruxelles, Van den Berghen, 1770.
[A Bruxelles, Chez J. Van den Berghen, Libraire & Imprimeur, rue de la Magdelaine, M. DCC. LXXX. Avec approbation, & privilège de Sa Majesté.]
In-8°
(115 ´ 180 mm.) plein veau d'époque, dos à 5 nerfs orné 124 (y compris le titre portant la signature manuscrite de l'éditeur), [7 (approbation, privilèges)], [1 bl.] p., planches hors texte gravées par Louis Fruijtiers (1 frontispice dépliant, 18 gravures à pleine page numérotiées de 1 à 18, 7 planches dépliantes in fine et la grande planche dépliante du reliquaire), un bandeau et la représentation d'une pièce dans le texte.

   @ Le doute subsiste quant à l'identité de l'auteur de ce livre. Albert Kayenbergh prétend qu'il ne faut pas confondre le jésuite liégeois Henri Griffet qui publia une Histoire des négociations secrètes de la France avec la Hollande qui précédèrent le traité d'Utrecht ainsi que d'autres écrits relatifs à l'histoire de France et à l'histoire romaine, avec un homonyme français, également jésuite, qui donna une édition de l'Histoire de France du père Daniel en 17 volumes ainsi que d'autres ouvrages publiés lors de son exil en Belgique suite à la suppression de la Société de Jésus en France.

   Louis-Joseph Fruytiers (Malines, 1713 - Anvers, 1782) fut graveur sur cuivre et marchand d'estampes. Il fut élu doyen de la Sint-Lucasgilde en 1753. Il eut une abondante production et réalisa notamment des images pieuses et des ex-libris.

   Édité à l'occasion du Jubilé qui célébrait le quatre centième anniversaire du culte voué au Saint-Sacrement de Miracle, l'ouvrage narre le complot ourdi par Jonathas (un juif demeurant dans la ville d'Enghien) qui chercha « avec quelqu'un autres Juifs ses amis, l'occasion & le moyen pour obtenir [...] quelques Hosties consacrées ; afin de pouvoir effectuer la haine mortelle et implacable, étancher sa soif sanguinaire, & renouveller les injures de ses iniques & insensez Ancêtres, en la personne de Jesus-Christ. »
   Une fois le forfait accompli et après quelques péripéties, l'ouvrage montre les juifs assemblés dans la Synagogue de Bruxelles, le 4 avril 1370, jour du Vendredi Saint, se livrant aux pires blasphèmes et poignardant les Saintes Hosties desquelles se répandit un « Sang Miraculeux ». Effrayés par ce miracle, les juifs bruxellois décidèrent de se débarrasser des hosties et chargèrent une certaine Catherine « d'envoyer le Ciboire à Cologne, à ceux de leur Nation qui y demeuroient. » Catherine n'exécuta pas sa mission et remit le précieux ciboire à son curé. Le châtiment des juifs fut bien évidemment terrible et la sentence de mort fut rendue la veille de l'Ascension de l'an 1370 ; les juifs furent brûlés vifs.


Le sacrilège
(panche 7, en regard de la p. 25).


L'exécution
(panche 13, en regard de la p. 49).

   S'ensuit la description du culte rendu aux hosties et des menaces qui au cours des siècles menacèrent ce « thresor incomparable du Très-Saint Sacrement de Miracle » qui fut « préservé des mains des Huguenots & Heretiques pendant les troubles & pillages, malgré toutes les perquisitions & recherches (que ces infames Sacrileges, Briseurs d'Images & Voleurs d'Eglises, & de tout ce qu'il y avoit de plus Sacré) ont faites pour decouvrir cet inestimable Thresor... »

   L'antisémitisme fut nourri par la légende des hosties miraculeuses : du XIIIe au XVe siècle, on recense (en Allemagne, Autriche, Espagne, Tchécoslovaquie, Pologne, Portugal, France et Belgique) 28 cas d'accusation de profanation d'hosties par des juifs. Élisée Reclus fait allusion à l'épisode bruxellois en écrivant :

   « Et n'a-t-on pas vu, encore, en 1898, le 17 juillet, le catholicisme officiel représenté par les plus hauts dignitaires de l'Église, célébrer en pompe solennelle, les souvenirs d'un autodafé de cinq Juifs, brûlés après tortures, sur une des places de Bruxelles ? Sous prétexte de congrès eucharistique et d'une fête architecturale, l'Église, après un laps de cinq siècles, s'est déclarée solidaire d'un abominable crime, produit de la plus ridicule ignorance, car ces Juifs étaient accusés d'avoir poignardé des hosties desquelles ruissela le sang de l'Homme-Dieu. En nos siècles de lumière, malgré la prétendue séparation des pouvoirs, les tribunaux et les administrateurs se mettent encore très volontiers au service de l'Église pour condamner ses ennemis. »

   &  Delecourt, Dictionnaire des anonymes et pseudonymes, p. 481 (546) ; Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, t. II, col. 755 ; Albert Kayenbergh, dans Biographie nationale, t. 8, col. 305-305 ; Feller, Biographie universelle, t. IV, p. 221 ; De Seyn, Dessinateurs, graveurs et peintres des anciens Pays-Bas, p. 93 ; Filip Lemmens et Alfons Thijs, Uitgevers van « mannekens », sanctjes en ander populair beeldmateriaal : Ludovicus Fruijtiers en Joanna Maria Fruijtiers (Antwerpen 1731-1784), dans : Oost-Vlaamse zanten, 74 (1999), pp. 365-384 ; Jan Bauwens et K.C. Peeters, Het œuvre van L.J. Fruijtiers. Een jaar met Sanctjes ; Reclus, L'Homme et la Terre, t. VI, p. 412.

375 euros (code de commande : 7441/v2).


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