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[PHOTO].
ROITER (Fulvio) Liban,
lumière des siècles. Texte liminaire de
Max-Pol Fouchet. Photos de Fulvio Roiter. Lausanne,
La Guilde du Livre, 1967. In-4° sous cartonnage d'éditeur,
127 p., reproductions en noir et en couleurs, édition
originale, édition hors commerce réservée
aux membres de la Guilde du Livre, exemplaire numéroté
(n° 2473) à l'état de neuf et bien complet
du feuillet volant des légendes des photographies.
Extrait :
Sa diversité, le Liban la doit à
la nature, aux hommes, aux religions, à l'histoire. D'où
vient pourtant que ce pays a un « climat »
unique, une unité de charme ? Les éléments
variés qui le composent n'ont-ils pas un dénominateur
commun ? La réponse est simple et paraîtra
trop simple, mais il la faut donner : le Liban est terre
de poésie. D'abord, les poètes y sont exceptionnellement
nombreux, qu'ils soient d'expression arabe ou française,
et si nous ne donnons aucun nom, c'est pour ne pas dresser une
longue liste et pour éviter la critique littéraire.
Je crois qu'il y a une poésie populaire dans les villages
des monts et de la plaine. Au moins, une sagesse poétique
y révèle un art de comprendre la vie. Des dictons,
des proverbes nous en assurent. Au cours des soirées,
des réunions de famille, dit un témoin, « nous
nous livrions à cette sorte de joute littéraire...
À tour de rôle, chaque assistant du cercle formé
autour du foyer, devait immédiatement trouver un proverbe
commençant par la même lettre qui terminait le proverbe
donné par le voisin, et ainsi de suite... Un homme ou
une femme qui ne savaient pas plusieurs centaines de proverbes
étaient alors regardés comme des ignorants. »
Ces proverbes naissent du bon sens campagnard :
On ne peut pas tenir deux pastèques dans une seule
main, ou : Même l'épée s''émousserait,
si elle se mariait. Souvent, ils usent d'admirables métaphores :
Le reproche amical est le savon des curs. Il en
est d'une grande profondeur : L'aboiement du chien ne
nuit pas au ciel. Cette subtilité est si libanaise
qu'on en retrouve l'écho dans l'uvre d'un des plus
grands poètes et dramaturges d'aujourd'hui, Georges Schehadé.
Ainsi ce poète aigu, subtil, savant, écrit-il :
La paresse fait tourner les moulins, ou bien, plus étrangement :
Un caractère de femme embellit l'aviation.
Oui, le Liban multiple a son unité dans
la poésie. Je ferme les yeux... Je revois les arcades
ommeyades d'Anjar, dans la Bekaa, dessinées sur les lointains
sommets couverts de neige. Elles portent de la neige sur leurs
courbes parfaites. À quelque bruit soudain, cette neige
bat des ailes, s'envole, remonte au ciel. Que la neige imite
les colombes, que les colombes imitent la neige, tous les aspects
du monde se rassemblent. La poésie naît... Et j'aimais,
à Beyrouth, ces modestes baraques où sont disposés
en grappes et en figures des citrons, des oranges. Sur le fond
de la mer bleue, voici le jaune, l'ambre, l'or. Les fruits, d'ailleurs,
sont transformés sur place en boissons fraîches.
Nous y sommes. L'orange était l'image. Et l'image conduisait
à l'essence. Devant la mer, nous étaient offertes
et l'image et l'essence.
25 euros (code de commande
: 16135 - vendu).
[PHOTO]. ROITER (Fulvio) Venise à fleur d'eau. Lausanne,
La Guilde du Livre, 1954. In-4° sous reliure souple d'éditeur,
128 p., édition originale, édition hors commerce
réservée aux membres de la Guilde du Livre, bel
exemplaire numéroté (n° 9547).
Extrait :
Venise à Fleur d'Eau est née
pour moi, vraiment, du songe d'une nuit d'été,
une de ces brèves et brûlantes nuits d'août,
quand Venise est engourdie de chaleur, torride de chaque pore
de ses pierres. Cette nuit-là, vraiment, ma ville m'apparut
fabuleuse, comme frappée subitement d'un coup de baguette
magique. Est-il vrai que les rêves expriment nos désirs ?
Je le crois. Mon désir était, de cet instant, de
saisir et d'exprimer toute la beauté et la poésie
dont j'avais été saturé sans toujours m'en
apercevoir clairement. Il fallait que je presse mes souvenirs,
ma vie, comme on presse une éponge. Perdant des jours
et des jours, j'ai parcouru Venise dans un état de transport,
d'excitation incroyable. Pourtant, bien souvent, j'ai passé
une journée entière sans que ma main déclenche
le déclic du Rolleiflex qui ne me quittait pas. C'est
que, comme l'a écrit Henri Cartier-Bresson, le photographe
doit avoir la patience et l'audace d'attendre l'instant décisif,
la minute (qui est d'ailleurs une seconde) de vérité.
Et la vérité de Venise est une vérité
aussi ambiguë et complexe que la structure artificielle
et géniale d'une ville gagnée sur la lagune pierre
à pierre, où l'eau et le soleil, le marbre et les
nuages se confondent inextricablement. La vérité
de ce rio ou de cette calle, il faut attendre pour la capturer
que le ciel se cache un instant derrière un nuage léger,
et que des rayons du soleil caressent tout d'un coup avec une
douceur toute neuve la surface noire de l'eau. Il faut attendre,
pour que ce petit pont, cette fenêtre, ce coin de pavé
disent tout ce qu'ils ont à dire, que passe un chat blanc,
dédaigneux et souple, ou que surgissent des gosses excités
par un jeu passionnant.
25 euros (code de commande
: 16136 - vendu).
[PHOTO].
VERGER (Pierre) Bahia
de tous les poètes. Photos de Pierre Verger.
Introduction, choix de textes et maquette de Arlette Frigout.
Lausanne, La Guilde du Livre, 1955. In-4° sous reliure souple
d'éditeur, 102 p., une planche à déplier,
édition originale, édition hors commerce réservée
aux membres de la Guilde du Livre, bel exemplaire numéroté
(n° 6301) en très bel état.
Extrait :
São Salvador da Bahia de Todos os Santos,
Saint Sauveur de la Baie de tous les Saints, nous te saluons
de ton nom entier et magnifique et voudrions déjà
que ton nom nous dise qui tu es.
São Salvador ? La plus ancienne
ville du Brésil. En 1549, Tomé de Souza la sacre
capitale. En 1763, les gouverneurs portugais l'abandonnent pour
Rio de Janeiro. Aujourd'hui, près d'un demi-million d'habitants.
Capitale de l'État de Bahia. L'État de Bahia ?
Traversé par le São Francisco qui lui sert de frontière
au nord. Son arrière-pays barré par les serras
São Domingos et do Piaui. Presque toutes
regardant l'Atlantique, ses petites villes : Itápoan,
Cachoeira, Feira de Sant'Ana, Lapa, Livramento, Monte Santo,
Jequié, Garcia d'Avila...
Mais ta vie même, ô Bahia ?
Ton sang noir, ton sang blanc ? L'exubérance de tes
rieurs et de ta danse, le baroque de tes églises, le hérissement
des mâts dans tes ports, la nudité de tes campagnes ?
Cela nous importe davantage. Cela aussi nous perd, car cela est
inexprimable.
Nous avons choisi pour te trahir la façon
qui nous a paru la plus belle : la voix des poètes
de ton pays, pris le Brésil entier pour écho. Une
image évoquait une bribe de poème, un poème
rappelait une image. Ainsi fut tissé, semblable à
celui de tes pêcheurs, le filet à travers les mailles
duquel nous avons essayé de te faire apparaître.
Nous voudrions qu'en sa fausseté essentielle
ton évocation soit assez large pour accueillir les visions
particulières de ceux qui ouvriront ce livre. Ceux qui
se souviendront. Ceux qui imagineront. Afin que chacun soit lui-même
le poète de Bahia.
30 euros (code de commande
: 16134 - vendu).
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