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ROLLAND (Romain) Le Seuil précédé du Royaume
du T. [Avant-propos de Charles
Baudouin.] Genève-Annemasse, Éditions du Mont-Blanc,
1945. In-8° broché, 112 p., un portrait de l'auteur
en frontispice, (collection « Action et Pensée »,
n° 21), édition originale, exemplaire numéroté
sur Featherweight (n° 512), en bel état.
Extrait de l'avant-propos
:
Ce
n'est pas, on s'en doute, sans une rare émotion, qu'au
lendemain de la mort de Romain Rolland, j'ai pris connaissance
de ces pages frémissantes. Elles ont un caractère
testamentaire. C'est dire qu'elles comportent un message, et
doivent être connues. Mais elles doivent aussi être
bien entendues, et celui qui les publie assume une responsabilité.
Il y a lieu, peut-être, de prévenir de fausses interprétations,
qui dans l'occurrence ne seraient pas seulement erreur, mais
infidélité. Alors, un commentaire ? Mais un
commentaire à son tour risque d'être involontairement
tendancieux, de porter le sceau tout subjectif du commentateur ;
la piété même peut être sacrilège.
Je me bornerai donc à la présentation la plus sobre,
à cette sorte d'exégèse qui s'attache à
situer un texte en prenant ses repères dans les faits,
dans les dates, dans d'autres textes évidents de l'auteur.
Il faut savoir d'abord que ces deux essais,
s'ils se suffisent à eux-mêmes, ne se donnent pas
cependant comme un tout. Ils sont destinés à prendre
place un jour dans une grande uvre, le Voyage intérieur,
dont le lecteur peut se faire une idée, puisqu'une partie
en a été publiée déjà, dans
les dernières années de la vie de l'auteur, tandis
qu'une partie non moins importante demeurera encore quelque temps
inédite. uvre considérable et singulière
que ce Voyage intérieur. Lorsque la première
partie en parut, dans le temps même du malheur de la France,
elle subit le sort de plus d'une manifestation de l'esprit à
cette époque ; elle ne passa pas, certes, inaperçue,
mais n'éveilla pas l'audience qu'elle eût connue
en d'autres temps. Car elle est à peu près sans
commune mesure, cette uvre intrépide et sensible,
lancée sur les pistes aventureuses et diverses de la connaissance
de soi. On conçoit qu'elle ait dérouté certains
critiques, pour peu qu'ils fussent peu familiarisés avec
la pensée de Rolland. Elle participe des « Souvenirs »
mais ce n'est pas un livre de mémoires, car elle se joue
du temps ; elle se soucie moins de raconter que de découvrir ;
elle médite ; elle ne dédaigne pas la réflexion
philosophique, mais si elle rencontre Colas Breugnon, à
la verve gauloise, elle emboîte le pas au compère.
Elle est d'un Montaigne, soit, mais lyrique et qui ne consentirait
pas à s'attarder sur le mol oreiller sceptique ;
elle est d'un Rousseau, soit encore, mais raisonnable, et qui
ne serait pas taraudé par la hantise de se justifier ;
elle est, pour tout dire, d'un Rolland et de nul autre. Or, les
pages qu'on va lire sont, avant tout, des fragments de ce «
Connais-toi toi-même ». Confession plus que profession,
elles participent au récit des « erreurs »
dont le sens propre est assez proche de celui de « voyage
». Mais pour qui pense en mouvement, en dynamisme, en musique,
comme Bergson et comme Jean-Christophe, les méandres même
« errants » du chemin contiennent plus de vérité
qu'une « position » même solide : « Dis-moi
ton erreur tienne et non la vérité du voisin, lisons-nous
dans Le Seuil. Elle m'apprend plus de toi et de la vérité. »
C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour donner leur juste
portée aux « positions » définies dans
ces pages. C'est ce que ne devront pas oublier, notamment, ces
âmes simplement pieuses que Rolland a tant à cur
de ne point scandaliser par les impertinences avouées
de son intellect. Ses colères mêmes contre les instructeurs
religieux sont religieuses encore ; que l'on pèse à
son juste poids ce réquisitoire : « Vous ne m'avez
jamais appris à aimer le Christ. J'ai dû le découvrir
seul, et plus tard beaucoup trop tard. »
12 euros (code de commande
: 18590).
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